Chers deux visiteurs,
je dois tout d'abord vous avouer que je ne fréquente plus guère ce lieu. Il sent le rance. Je ne l'aime plus.
Mais tout de même, parfois, par désoeuvrement, j'y jette un coup d'oeil. Et ce soir, quelle ne fut ma surprise de constater que deux commentaires supplémentaires étaient venus s'ajouter
récemment. Ils étaient bien sympathiques, en plus, ces deux commentaires.
Aussi donc, me revoilà, de passage, histoire de vous conter un peu mes passionantes aventures, et ma foi, z'allez voir ça, vous allez pas regretter d'être venus.
Comment vais-je ? Eh bien c'est fort simple, je me contenterais de citer ce que l'on m'a dit pas plus tard qu'il y a deux jours : "quand le boeuf est fatigué, madame, la charrue
n'avance plus".
Le boeuf, hein, vous l'aurez compris, c'est moi. Et bien voilà, la dame qui m'a dit ça, elle pouvait pas le savoir, mais elle pouvait pas tomber plus juste dans la représentation que j'ai de moi
actuellement.
Résumons : j'ai le gabarit d'une barrique, et ce, depuis maintenant plus de18 mois. Il faut me pousser dans les montées, et me tendre une main salutaire pour que je m'extirpe du canapé. Il y
a un an, j'étais exactement dans la même situation, sauf qu'il y a un an, il ne me restait que 15 jours à patienter; là, et dites-vous bien que j'angoisse, il me reste encore trois mois. Ce qui
signifie que la barrique n'a pas encore atteint son gabarit maximal. Je nage en plein cauchemar.
Enchaîner deux grossesses, c'était peut être pas une si bonne idée. Je ne sais pas comment ont fait les autres, mais moi, c'est clairement pas mon truc. En un mot comme en cent : marre (c'est
pour faire en un mot, mais je pourrais largement détailler).
A cette disgrâce physique (car oui, c'est bien de disgrâce dont il s'agit, ne venez pas me parler du charme de la femme enceinte, hein, moi enceinte ça donne juste un gros truc, qu'il est
possible de détailler si l'on veut par un gros ventre, des grosses fesses, des gros seins, je crois qu'il ne reste guère que mon poignet qui soit encore d'origine, putain fais chier,
ah pardon ) vient s'ajouter un état de fatigue abyssale, qui me fait me traîner à longueur de journée.
Ce soir, alors que mon fils de bientôt un an prenait visiblement un grand plaisir à me balancer sa compote à la tronche tandis que je contemplais d'un oeil torve sa soeur manger ses
raviolis en se barbouillant de sauce tomate jusqu'aux oreilles, je me demandais si j'avais vraiment fait le bon choix. Si l'on rajoute mon fils aîné, dix ans cette année, et le petit truc à venir
(qui s'avère être encore un garçon, non mais quel intérêt, je vous demande un peu ?), prévu pour la fin du mois d'août, je panique un peu, pour ne rien vous cacher.
Alors bien sûr, je sais, je ne suis peut être pas d'une objectivité totale : la fatigue me brouille certainement la vision. Mais justement : je n'en peux plus d'être fatiguée, et je sais, je
sais, venez pas me dire le contraire, que ça va pas aller en s'arrangeant, en tout cas pas à moyen terme.
Voilà donc les nouvelles. Je ne sais pas trop à quoi vous vous attendiez, chers deux lecteurs, j'aurais aimé vous narrer moultes aventures ébouriffantes, mais il se trouve que mon quotidien
actuel peut se réumer à cette conversation que je tenais à l'instant avec mon binôme :
(lui) : demain je déjeune avec deux avocats de Tours
(moi) : ah ? Moi, demain, faudra que j'aille faire les courses, y'a plus de couches.
Ouaip.
En gros (en gros : ah ah, non mais quel à propos hein ?), je ne traverse pas la période la plus épanouissante de mon existence, ouh là non. Mais bon. C'est qu'un passage, faut se dire ça.