Ma mère me dit ce soir, au moment de partir pour le pique-nique, parlant de Petit Dernier "oh, pauvre petit père, je ne sais pas si c'est une bonne idée de
l'emmener", et moi, qui n'en croit pas mes oreilles tellement c'est inespéré "ah bah, oui, c'est certain, mieux vaut qu'il reste au calme à la maison, t'en fais pas, je me dévoue, je reste".
Et voilà, petit miracle : je suis seule (ou presque, patate relou dort) pour la soirée.
Bon ben c'est pas tout ça, mais j'ai faim, je m'en va me faire à manger. Me voilà à explorer les placards de ma mère. Merde, c'est pas vrai...dans les placards, moultes bocaux aux contenus
incertains...des graines de toutes les tailles, de toutes les formes, de toutes les couleurs...ça se mange ça ? Ma mère est une hystèrique du bio, elle ne pense que bio, ne vit que bio...Bon,
tout ça c'est bien joli, mais j'ai faim moi, et ces graines bizarres, là, déja c'est pas dit que ce soit comestible (bon, j'imagine que si c'est dans son placard, c'est que oui), mais en plus, ça
a pas l'air de nourrir son homme. Sa femme en l'occurence ( m'enfin "nourrir sa femme", ça sonne bizarre quand même, non ?). Ah ! Sauvée ! Là, dans un recoin, un fond de bocal rempli
de trucs qui ressemblent à des pâtes. Bon, elles sont marronnasses, z'ont pas l'air très catholiques, m'enfin au stade o% j'en suis, je vais pas faire la difficile. Tiens, comme c'est
un peu la fête ce soir, je vais aussi me faire des oeufs sur le plat (bon, les oeufs ressemblent bien à des oeufs, enfin un truc de normal).
Bon, ça cuit, c'est long, mais rhaaaa, je suis seule, quel luxe, juste Petit Dernier qui dort dans le fauteuil.
Les pâtes sont prêtes, ou est le gruyère ? Des pâtes sans gruyère, c'est pas des pâtes. Voyons voir dans le frigo...Du fromage de chèvre...du fomage de chèvre...encore du fromage de chèvre (ici,
c'est le pays du fromage de chèvre, à renommée nationale, certes, mais moi, j'aime pas). Ah ! Ca y est...ce truc tout dur, là, c'est quoi ? Pas du gruyère, c'est certain, ça sent les pieds en
plus, mais bon, il faut savoir faire des compromis parfois. On s'en contentera. J'en coupe des lamelles à l'arrache, je mets dans mes pâtes, voyons, voir, quoi d'autre ? Du sel, j'ai pas mis de
sel, voilAaaaargh !...Horreur ! ( d'effroi, j'ai renversé trois tonnes de sel dans l'assiette ): un couinement de plus en plus intense se fait entendre en provenance du fauteuil. Non mon
fils, non, tu n'as pas le droit de me faire ça; la tétine, vite, ou est cette saleté de tétine ? Comment ça t'en veux pas, oh, arrête d'hurler, ça va, ça va, je te prends.... Lààà, ça y est, ca
va mieux ? Bon, je te repose, hein, faut que j'aille manger, et puis moi ce soir, j'ai décidé d'être tranquille, tu peux comprendre hein? Ouuuh, ben non, apparemment tu comprends pas,
mais c'est pas possible cet enfant, jamais vu un bébé pousser des cris aigus pareils, limite ultra-sons, on serait en pleine mer, sûr qu'on serait assaillis par un banc de baleines en transe. Ok
ok, c'est bon, je me rends....
J'attrape mon loustic sous le bras, résignée, je mange mes pâtes debout directement dans la casserole, elles sont froides et trop salés, avec de gros bouts de fromage qui pue, c'était pas
exactement ce que j'avais envisagé, mais tant pis. Je vais me rattraper avec les oeufs sur le plat. Mais là, problème : vous avez déja essayé de manger des oeufs sur le plat avec un bébé
cramponné à votre bras, tel un koala à sa branche d'eucalyptus ? Pas facile, je vous assure. D'autant que le dit koala s'est remis à hurler: dans la panique, j'abandonne la fourchette, je saisis
le blanc d'oeuf directement à la main, je déchiquette comme je peux, c'est gore, y'en a partout, le koala hurle, le luxe et le calme sont bien loin....
J'ai passé la fin de la soirée à faire des massages ventraux à mon nourisson, qui souffre de coliques le pauvret, je lui pardonne. Mais quand mon fils ainé est rentré et qu'il m'a raconté, très
fier, qu'il n'avait rien pêché, mais que, "quand même, il devait y avoir du poisson, vu que les asticots étaient tout machouillés sur l'hameçon quand on relevait la ligne", j'ai trouvé ça presque
bucolique, voyez, limite je regrettais de ne pas y être allé. C'est dire...