Ce soir, en rentrant chez moi, je me suis arreté net devant la petite affichette collée en face des boîtes aux lettres. Une petite affichette toute colorée, qui indiquait : "fête des voisins, 1er juin, résidence Aristide Briand. Venez nombreux".
Et là, messieurs dames, permettez moi de vous dire que, passé le sentiment d'effarement qui m'a envahi, je me suis mise à ricaner sec. Et me suis promise illico d'y aller.
La fête des voisins, ah ouais ? Aaaah, je peux pas rater ça avant mon départ. J'espère que seront présentes toutes mes gentilles voisines (y'a sûrement des cons dans ma résidence, mais moi j'ai surtout affaire à des connes. Jamais compris pourquoi d'ailleurs.).
J'espère qu'il y aura Madame B., ma voisine de pallier, et puis Madame C., la vioque du rez-de-chaussée, et puis Madame F., ma voisine du dessous, et puis E., l'assistante maternelle à qui même menacée de torture je confierais pas mes mômes deux minutes, et puis tout le monde, viendez les gens, on va faire la fête !...
En quatre ans, je crois pas que j'aurais pu assister à un plus beau festival de mesquinerie humaine.
Déja, mes gentilles voisines, quand elles m'ont vu arriver avec mon mouflet, ça causait sec. Ensuite, quand elles ont percuté que mon ventre, au fil des mois, s'arrondissait tout de même de manière bien étrange, "mais tenez, je crois bien qu'elle en attend un autre, et elle est toute seule, si c'est pas un signe de dépravation ça, ah ma pauv'dame, on aura tout vu", elles en pouvaient plus de joie, elles tenaient un sujet de causerie pour leurs soirées d'hiver (en été, la résidence est sympa avec tout ses arbres et ses espaces verts. En hiver, c'est plutôt tristoune, alors faut bien s'occuper). Après, comme bon, papoter ça va bien un temps, mais à un moment ça suffit plus, elles ont décidé de tenter autre chose. C'est ainsi qu'un matin j'ai reçu une lettre à laquelle je n'ai rien compris, et qui, renseignements pris, signifiait que je faisais l'objet d'une enquête sociale, suite à un appel anonyme au commissariat municipal (au terme de la dite enquête, on me dira que ce genre d'appel est "très fréquent, et la plupart du temps juste motivé par une intention de nuire, mais vous comprenez, dans le doute, nous somme bien obligés de vérifier tout de même. Vous comprenez Madame ?". Oui, je comprend. Mais là, quand même, je l'ai mauvaise. Vous comprenez, hein ?).
Alors oui, bon, c'est sûr, mes voisines, je les ai jamais invitées à venir prendre le thé chez moi. J'aurais peut être du. On aurait bavé sur les autres, on se serait bien amusées. "Et vous savez qu'en plus il y a un homme qui vient régulièrement chez elle ?" Ah bon ? "Ouiiii, comme je vous l'dit, et en plus, c'est pas le même que la dernière fois". C'est pas vrai ? "Mais si, mais si, et parfois, elle fait garder ses enfants par C, mais si, vous savez, celle du batiment A, et en plus elle rentre à des heures pas possibles". Ah bah oui, là, effectivement...
Remarquez, un truc qui me fait plaisir, à moi, c'est que mes mômes disent toujours "Bonjour Madame", quand on les croise. Sont chouettes mes mômes. Si ils savaient...
Bon. Quand même. Y'a aussi des personnes rudement bien dans ma résidence. Je m'y serais fait des vrais amis, des personnes sur lesquelles j'ai pu compter, généreuses et attentives, des liens créés qui perdureront, c'est certain.
Ouaip. J'en aurais des souvenirs ici. Des très mauvais et des très bons. La noirceur et la beauté de l'âme humaine (ouh là...j'suis fatiguée moi ce soir, ça se sent non ?!).
En tout cas, sûr que j'y vais, moi, à la fête des voisins. Je sens qu'on va bien rigoler...